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Obligation de nuire : un deuxième quinquennat avec Sarkozy serait pire que le premier

by omelette16oeufs on jeudi 3 mai 2012

Le débat d'hier soir semble avoir remis les pendules à
l'heure. François Hollande a brisé l'élan du Très Grand Homme (TGH),
cet élan artificiel qui allait de l'anniversaire de Julien Dray, au
Trocintox où étaient présents au moins 60 millions de français
(certains DOM se sont déplacés intégralement). Le spectre d'un Nicolas
Sarkozy capable de manipuler sa propre image commençait à refaire
surface, et on pouvait se laisser aller à imaginer que pendant au
moins quelques heures, dimanche, une proportion suffisante d'électeurs
seraient hypnotisés en allant au bureau de vote pour que le TGH
renverse in extremis son impopularité qui dure pourtant depuis
années.



Le danger immédiat semble écarté, et même le projet de l'UMP de faire
appel à la Patrouille de France pour remorquer un DSK (nu) gonflable
au dessus Marseille, Lyon, Paris et Lille ne devrait plus avoir
l'effet escompté.



Cette confiance restaurée ne devrait pas, pourtant, nous détourner de
ce qu'une victoire de Sarkozy representerait. Petite mise au point,
prenant en compte les développements de la dernière semaine.



Une réélection de Nicolas Sarkozy serait tout d'abord la validation de
tout ce qui s'est passé depuis cinq ans. Je vous épargne
l'énumération. Je pense notamment à ce qui a été fait aux étrangers,
aux Roms. Plus encore, c'est la forme des institutions et leurs
comportements qui serait consacrée. La perversion présidentialiste
avec suppression du gouvernement, la centralisation des pouvoirs, la
mainmise sur l'audiovisuel, toutes ces audacités qui auraient pu
n'être que le fait d'une paranoïa narcissiste individuelle,
devendraient de véritables traditions. En 2017, il serait trop tard
pour revenir dessus, ou en tout cas ce serait alors une véritable
révolution, nécessitant une volonté politique beaucoup plus
importante. (Il faudrait sans doute passer carrément à une VIe
République pour effacer dix ans de Sarkozy.)



Tout cela était déjà sur la table, dès lors que Sarkozy se lançait
dans la course cette année. L'absence de programme et le fait de ne
proposer que l'austérité laissent supposer que la situation économique
Européenne servirait de prétexte pour un renouvellement de la casse
des services publics, du droit du travail, du système social. Non
seulement les efforts dans ces domaines précédents du TGH auraient été
validés (car Sarkozy n'aurait payé aucun prix politique), mais La
Crise justiferait d'aller encore plus et plus vite.



Pire encore (à mon avis), si le fait de se vautrer devant les
électeurs de la droite franchement xénophobe (par opposition à l'UMP :
la droite hypocritement xénophobe) ne comporte aucun prix politique à
payer, Nicolas Sarkozy aurait non seulement un mandat, mais presque
une obligation d'aller beaucoup plus loin dans la pratique réelle des
ses idées xénophobes. La leçon qu'il aurait apprise ("j'ai appris",
n'est-ce pas ?), c'est que Hortefeux, Besson et Guéant n'en ont pas
fait assez, qu'ils n'ont pas pu se débarasser de leurs "pudeurs de
pucelles" (comme dirait Patrick Buisson, censé néanmoins être fan de
La Pucelle). De 2007 à 2012, la stratégie de Sarkozy consistait à
faire une politique réelle orientée sur les grandes entreprises et la
"libération du capitalisme", tout en procédant à des mesures odieuses
mais essentiellement symboliques. Voyant que cette approche lui avait
presque coûté l'Elysée, un Sarkozy réélu serait obligé de trouver les
moyens d'accelérer, en trouvant de nouvelles manières de signifier sa
xénophobie en ne laissant aucun doute s'installe chez ceux qui serait
tentés de voter Marine. La stratégie à long terme consisterait de
siphonner définitivement le Front National en intégrant à la fois ses
électeurs et ses idées dans l'UMP. J'ai des doutes sur la viabilité
d'un tel Axe du Mal, mais pas de doutes sur le fait que Sarkozy
tenterait de le réaliser s'il en avait l'occasion.



Bon… François Hollande a tenu le coup pendant le débat ; nous avons
vu l'affaissement progressif de la mine de Sarkozy tout au long de la
soirée. Espérons qu'en trois jours nous n'aurons plus à penser à
toutes les horreurs que j'ai alignés ici.

L'échec de Charles Millon

by omelette16oeufs on lundi 23 avril 2012

Les plus jeunes parmi vous ne se souviennent de Charles Millon, UDF,
droite catho (pro-peine de mort, anti-avortement), ministre de la
défense sous Chirac. Aux élections régionales de 1998, en Rhône-Alpes,
il se retrouve dans la position de Nicolas Sarkozy aujourd'hui : il
avait besoin des voix du Front National pour garder le conseil
régional. Peu après (et après son exclusion de l'UDF, due notamment à
François Bayrou ; Madelin quitte l'UDF en même temps) il fond son
propre "mouvement", La Droite. L'idée était que la droite dite
républicaine ne devait pas se priver du Front National, puisque
celui-ci faisait naturellement partie de La Droite.



L'épisode des régionales 1998 a été le début de la dégringolade
personnelle de Millon. L'idée d'une grande droite allant de Hitler à
de Gaulle et même jusqu'à Tocqueville, n'est pas morte pour autant.
C'était la droite décomplexée avant l'heure, et on peut être certain que
Millon n'était pas le premier à regarder les resultats en se disant
que si on additionnait les scores RPR, UDF et FN, la droite, ou La
Droite, serait imbattable pour toujours. Ou du moins pour mille ans,
ou quelque chose comme ça.



Si Nicolas Sarkozy, ainsi que les inséparables Copé et Fillon, se
retrouvent depuis hier dans la même position que Millon, il y a
plusieurs différences importantes, la première étant qu'ils ont à
séduire des électeurs et non pas des élus, comme c'était le cas pour
Millon. La seconde, c'est que depuis cinq ans, c'est déjà La Droite,
ou sa réincarnation, qui gouverne la France, Sarkozy se faisant élire
sur un programme faisant la synthèse idéologique de l'UMP et du FN. Il
n'y a pas de sens de parler d'une coalition pour une élection
présidentielle, mais l'élection de 2007 y ressemblait fortement, sur
le plan des idées sinon sur celui des personnes.



Depuis 2007, Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant ont fait ce qu'ils
pouvaient pour mener une politique qui devrait plaire au Front
National. La synthèse n'était pas seulement dans les mots



La question devant les électeurs cette année est donc : veut-on
reconduire La Droite ? L'échec du premier tour, avec le retour massif
des électeurs FN vers leur pays d'origine (on les aime, mais on les
aime chez eux), signe l'échec de cette stratégie et l'échec de l'idée
même d'une Grande Droite.



Le problème, c'est que ce qui motive le Front National, son moteur
xénophobe, n'est pas compatible avec la droite conservatrice. Je ne
parle même pas de compatiblité avec la République. (Nous sommes
décomplexés maintenant, n'est-ce pas ?) L'électeur xénophobe, pour
diverses raisons, veut toujours plus, et n'a rien à faire justement de
défendre le capital. Il est tout sauf conservateur. J'écrivais l'autre jour :



Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les
xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus
possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas
déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui
fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible,
d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots :
"venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut
pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout
faire péter, comme toujours.






L'électorat du Front National ne veut pas du système, ne veut pas de
la réalité, ne veut pas de l'UMP, ne veut même pas des mesures de
Claude Guéant, aussi odieuses qu'elles soient. (Individuellement, les
électeurs se trompent, arrivent entre les mains de Marine pour
diverses raisons, plus ou moins bonnes. Ce ne sont pas tous des
enragés : je parle plus des idées que des gens qui sont attirés par
les idées. Le drame aujourd'hui c'est que presque vingt pourcent des
électeurs souhaitent se mettre hors du jeu.)



Donc La Droite ne marche pas, et ce n'est pas à cause des grands
principes républicains bafoués. Même décomplexée, La Droite ne marche
pas parce qu'elle se fracture de l'intérieur. Elle ne marche pas parce
que le Front National n'y retrouve aucun intérêt.

"Je comprends votre souffrance"

by omelette16oeufs on samedi 7 avril 2012

Les petits gestes, les clins d'oeil, les sourires en coin, les mots
doux discrètement lâchés, du pied sous la table… tout cela ne suffit
plus. Nicolas Sarkozy se décide enfin de déclarer sa flamme aux
électeurs du Front National :



«Aux électeurs du Front national, je dis que je comprends votre
souffrance mais le vote FN ne résoudra aucun des problèmes» pour
lesquels «vous voulez une solution», a affirmé le président-candidat,
ajoutant que «chaque vote FN profitera à la gauche».






C'est vrai que Claude Guéant est parfois un peu trop subtile pour des
électeurs habitués au style beaucoup plus direct de la famille Le
Pen. Alors le courageux Très Grand Homme (TGH) doit mettre les points
sur les "i".



"J-16. Sarkozy appelle les électeurs du FN à voter utile. Jusqu'ici,/ /tout va bien", touittait Brave Patrie. C'est très drôle, et très
pertinent, car s'il y a un électorat qui ne vote pas "utile", c'est
bien celui du Front National.



Quelle souffrance est-ce qu'il comprend, notre Chef d'État ? Il fait
comme si l'on votait Front National parce qu'on s'inquiétait tout
particulièrement des effets néfastes des populations juives et Arabes
sur la Nation Française, un peu comme d'autres électeurs s'inquiètent
pour l'école, leurs retraites ou les déficits.



Pourtant, depuis le temps que Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant
agitent des chiffons rouges de toutes les couleurs (sans beaucoup de
succès, j'ajoute), ils auraient dû comprendre que la xénophobie n'est
pas un sujet politique rationel. On parle d'"immigrés", par exemple,
quand on veut dire "citoyens français issus de l'immigration
maghrebine des années cinquante et soixante", et on expluse les uns
parce qu'on ne peut pas supporter de voir les autres. La xénophobie
ressemble plus à une maladie mentale qu'à une cause, ou à un
"problème" auquel un Président pourrait chercher une "solution".



Sarkozy a réussi à "siphonner" l'extrême droite en 2007 parce qu'il
promettait de tout faire péter s'il était élu : "tout devient
possible". En promenant Hortefeux devant les électeurs FN, Sarkozy a
réussi à leur suggérer sans vraiment le dire que, élu, la grande
ratonnade pourrait enfin avoir lieu.



Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les
xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus
possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas
déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui
fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible,
d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots :
"venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut
pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout
faire péter, comme toujours.



Sarkozy s'abaisse, et nous rabaisse en même temps (il est encore
Président de la R.). Ce serait comique, surtout l'appel simultané aux
centristes, qui normalement n'ont pas la même idée que lui sur les
"problèmes" et leurs "solutions", si ce n'était pas si grave. Nous
nous rapprochons du "moment Millon", quand on décide qu'il vaut mieux
pactiser que perdre sa place. Ce qui rassure, c'est que pour en être
là, c'est que les choses ne vont pas très bien.