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Chers gauchistes : le vote réel

by omelette16oeufs on vendredi 20 avril 2012

La Ve République, et à plus forte raison sa version post-septennat, et
encore plus la version peoplisée, focalise toute notre et notre
énergie sur une seule élection pour choisir un seul bonhomme. Les
coalitions sont impossibles. On est censés se reconnaître en la
personne de l'homme providentiel que nous choisissons parmi les dix
hommes (et femmes) providentiel(le)s. Le système favorise les
manipulations et les brouillages entre personalité, image et
politique. Mais c'est comme ça. J'en ai parlé l'autre jour.



La tentation, donc, pour le vrais gauchistes, est de profiter de
l'occasion pour s'exprimer, dire que les réalités sur lesquelles est
fondé le discours politique qui passe pour "raisonnable" déforment les
représentations, limitent nos options, tuent la politique. Moi-même je
ne suis pas insensible à ces analyses, surtout pour leur dimension
critique. C'est comme le marxisme : il reste un excellent instrument
de diagnostic, mais un horrible instrument pour réparer les torts
qu'il identifie si bien.



Le problème c'est que, en dépit de tous les beaux principes démocratiques
(et surtout individualistes, voire romantiques), si vous utilisez
votre vote dimanche pour vous exprimer, vous allez le gaspiller, voire
renforcer votre ennemi.




  • C'est irresponsable de penser que de toute façon Hollande va gagner
    au second tour. Vous laissez les autres faire le travail, en vous
    contentant de vous exprimer. Que ferez-vous si les sondages
    n'existaient pas ?


  • En admettant qu'il accède au second tour, le score de François
    Hollande au premier compte beaucoup. Un Sarkozy affaibli par un
    mauvais score au premier tour sera pendant les quinze jours à venir
    d'autant plus vulnérable, plus désespéré, d'autant moins épaulé par
    ses fidèles camarades.


  • Dire Hollande/Sarkozy, même combat, c'est oublier tout ce qui s'est
    passé depuis cinq ans, c'est oublier que Sarkozy a gravement
    perverti le fonctionnement de notre démocratie, qui avait déjà ses
    problèmes avant qu'il s'en mêle. Sa réélection validerait son
    comportement pendant le premier mandat et ouvrira la porte à des
    nouvelles dégradations pendant le second.


  • Pour peser à gauche, pensez plutôt aux législatives. Je sais que ce
    n'est génial, mais c'est aux législatives que les pourcentages de la
    composition du vote à gauche à un véritable sens.





Dimanche, avec votre vote, posez-vous la question : quel choix va
faire le plus de bien à toutes les personnes réelles qui sont affectées
par la conduite de la politique du pays ?

Une passion populaire

by omelette16oeufs on mercredi 4 avril 2012

Pour défendre l'exploitation par son camp des thèmes xénophobes, Henri Guaino disait : "Ne pas prendre en compte les passions populaires
expose à la colère". C'est bien la seule "passion populaire" que la
droite peut citer pour pousser les "électeurs populaires" à voter
contre leur propre intérêt. Mais, pour l'instant, laissons-le dans ses
tentatives desespérées de rallumer la xénophobie. Guaino se trompe de
passion, et de colère.



Nicolas Sarkozy est assez doué pour trouver une expression
"populaire", un emballage "café de commerce" pour faire passer un
programme plutôt Medef. Depuis quatre ans, cependant, il y a un sujet
très populaire qu'il est difficile pour le TGH d'exploiter :
l'anti-sarkozysme lui-même. Qu'il soit primaire ou populaire, ce
sentiment lui a effectivement explosé à la figure, avec pour resultat
ces sondages têtus, qui jusqu'à présent résistent à tous les efforts
de la machine de l'Union Médiatique du Pouvoir.



Le sarkozysme est une outrance de la communication. Je pense
qu'aujourd'hui nous sommes, les pro- comme les anti-, tellement
dedans, encore, qu'on a du mal à se rendre compte du caractère
exceptionnel de cette hystérie collective. Je sais que si, à la place
de Nicolas Sarkozy, une sorte de deuxième Chirac avait été élu en
2007, je n'aurais jamais même songé à créer un blog. Je n'aurai pas
été atteint de cette passion populaire. La pratique sarkozyste des
médias et du pouvoir est une sorte d'excitation permanente de
l'ensemble de la sphère publique, et la projection des agissements
d'un seul bonhomme sur une scène démésurément grande.



S'il reste quelque chose du gaullisme chez Sarkozy, c'est la démesure
mythologique. Chez de Gaulle, si l'on veut, la mythologie était censée
assurée la cohésion et la fièreté de la Nation. Chez Sarkozy, elle est
autoréférentielle et ne sert que les intérêts de Sarkozy lui-même. Un
narcissisme médiatique et euphorie communicationnelle qui, finalement,
se sont même retournés contre l'Arroseur en Chef.



Même quand il est purement négatif, ce buzz assourdissant risque de
noyer les opposants à Sarkozy. Le pari de François Hollande est de
battre Sarkozy sans faire du Sarkozy. On lui reproche, Sarkozy le
premier, de ne pas susciter une grande vague d'adhésion populaire. À
gauche, seule Ségolène Royal pouvait rivaliser avec Sarkozy en termes
de comm', de dimension mythologisante, d'adhésion populaire. Cette
ligne-là, à gauche, comporte certains risques. De toute façon,
François Hollande ne pouvait pas l'adopter. La passion anti-sarkozyste
peut lui permettre d'en faire l'économie.



Refuser d'être comme Sarkozy pourrait être la meilleure réfutation du
sarkozysme, et pourrait signifier que Sarkozy n'aurait été un accident
de parcours, une erreur démocratique qui aura duré cinq ans mais qui
n'aura pas de suite, la rencontre malheureuse des dérives mythologique
de la Ve République et l'avalanche communicationnelle du XXIe
siècle. Hollande, en président "normal" serait une manière de fermer
la parenthèse.

Hollande, Mélenchon, utile, gauche...

by omelette16oeufs on lundi 2 avril 2012

La présidentialisme a peu à peu supprimer l'importance de toutes les
autres élections, du moins sur le plan national. Voter, c'est voter
pour un président. Point. Ou presque point. Et en même temps, il n'y
a qu'un gagnant et quasiment aucune possibilité de partage entre des
sensibilités. Nous sommes entre ces deux réalités, tant que personne
n'aura le courage de modifier le système en lui rendant son caractère
parlémentaire, et même en allant bien plus loin dans cette
direction. (Et "une dose de proportionelle", même une dose de cheval,
ne servira à rien tant que l'Assemblée Nationale ne servira à rien.)



Pour l'instant, il ne peut y avoir qu'un seul. Un seul homme. D'où
cette tendance au culte du sur-homme, et ces exigences
(contradictoires) de quelqu'un de "sympa". On peut espérer que
l'ascension et le règne de Nicolas Sarkozy serviront aux
constitutionalistes du futur comme contre-exemple absolu : comment
faire pour éviter cela ?



En attendant cette lucidité future, malheureusement improbable et
utopique, nous voilà collés avec ce système qui centralise tout sur le
petit cerveau d'un seul bonhomme. Et le moment de le choisir est aussi
l'unique moment où le peuple peut s'exprimer de façon
significative. Que faire si par hasard aucun des deux candidats ne
vous convient en tant véhicule pour ce que vous voulez dire au pays
et au monde ?



La gauche est un ensemble assez hétérogène, idéologiquement parlant,
sans doute pour des raisons idéologiques justement : esprit critique,
non conformisme, liberté de pensée, refus des injustices. On peut être
"de gauche" pour des raisons très diverses. Il y a des différences à
droite aussi, mais, vu de l'extérieur du moins, elles paraissent moins
essentielles, et plutôt une question de degré que des véritables
lignes de fracture. Même les Front National, ou en tout cas ses idées,
a finit par trouver sa place dans la grande famille de la
droite. L'UMPéisation des esprits a achevé de gommer les différences
entre les libéraux et les étatiste gaullisants. Sarkozy a réussi à
transformer tout cela en bouilli et réduire la pensée politique à une
question de niveau de décomplexitude (ou décomplexisance ?). Après
tout, pourquoi finasser sur le sens du politique, quand la seule
chose qui compte est de gagner une élection tous les cinq ans ?



À gauche, donc, c'est moins décomplexé et plus compliqué, et il on a
plus envie de s'exprimer. Et on se retrouve à chaque fois devant cette
question du vote "utile" : voter contre celui que l'on préfère afin
d'assurer l'échec du candidat que l'on redoute. Je formule la chose
négativement à dessein. C'est effectivement triste, cette invitation,
parfois une obligation, à se défaire de sa seule chance de s'exprimer
par une sorte de calcul au bénéfice d'un Parti Socialiste en qui on ne
se reconnaît peut-etre plus, d'un Parti Socialiste qui en cinq ans n'a
pas su rendre assez percutant, décisif, assez sexy en somme.



D'abord, je le dis, même si c'est triste, c'est la réalité des choses,
la réalité de cette Ve République faite pour fabriquer des de Gaulle
en carton-pâte, rendue, par la force du quinquennat, encore plus
triste et encore plus cadenassée (quinquenadassée, j'aime
dire). Ignorer cela, c'est tomber dans le piège d'un système qui, en
53 ans, n'a vu qu'un seul président de gauche, dans l'illusion de l'État
comme véritable reflet démocratique du peuple. Plutôt que "vote
utile", je dirais : "vote réaliste".



Car ensuite, on peut parler des mérites des
candidats. Personnellement, j'ai passé la plus grande partie de ces
cinq dernières années frustré par cuisine interne du PS, en espérant
un renouveau qui serait, en autres, un renouveau en termes de
communication et de message. Le PS s'est laissé bercer trop longtemps
par les sondages favorables à DSK. Longtemps, Hollande et sa
"présidence normale" faisaient sourire. Aujourd'hui, il semble qu'il
n'avait pas tout à fait tort. Sur Hollande lui-même, sans la
perspective du choix entre lui et Jean-Luc Mélenchon :




  1. Une présidence de Hollande, même si ce n'est pas un gauchiste pur
    et dur, serait beaucoup plus à gauche qu'un deuxième mandat de
    Sarkozy (qui n'aurait même plus peur de ne pas être réélu). Rien
    que pour le seul domaine de la justice, la différence serait
    énorme. Le reste du programme est intéressant aussi, et représente
    une énorme différence avec ce qui a été fait depuis 10 ans, et ce
    qui se ferait pendant 5 ans encore avec un Très Grand Homme (TGH)
    réélu.


  2. Hollande ne peut pas, ne pourrait pas se placer comme Mélenchon,
    car là, la machine UMP à dénigrer et à faire peur se mettrait en
    marche. On nous parlerait presque des chars Soviétiques sur le
    Champs-Elysées, la bave au lèvres.


  3. Mélenchon peut réussir sa campagne parce qu'il y a François
    Hollande à côté, pour nous rassurer sur l'issue.


  4. Enfin, c'est une bonne chose malgré tout que "le troisième homme"
    de cette élection soit à gauche, et pas à droite comme
    en 2007. Pour cela, nous pouvons remercier le talent de Mélenchon.





Votez comme vous voulez, mais pas à droite. Et n'oubliez pas que le
premier tour de la présidentielle n'est pas une élection législative.