Affichage des articles dont le libellé est Marine Le Pen. Afficher tous les articles

L'Axe du Mal

by omelette16oeufs on vendredi 4 mai 2012

À Nicolas Sarkozy, en briseurs de digues, en dépuceleur de pudeurs
Républicaines (on ne dit plus "droite décomplexée" mais "droite
dépucelée"), il ne manque que du temps, le temps d'aller assez loin
pour atteindre enfin le coeur de l'électeur xénophobe. Sûrement il y a
quelque part une formule magique qui débloque le Niveau 9 du jeu, où
soudain le compteur explose et enfin tous les électeurs de Marine Le
Pen l'acceuillent bras ouverts, le couvrent de bisous et le portent en
triomphe vers l'Élysée. Il fait siffler les journalistes, les élites,
mais ce n'est toujours pas assez. Que faut-il dire ? Quel bouc
émissaire ? Quelle formule pour enfin être assez droite ? Il
cherche. Buisson cherche. Guéant cherche. Ils n'ont plus que quelques
heures.



Pendant que Patrick Buisson relit une énième fois les oeuvres
complètes de Pierre Laval, je rappelle que l'un des enjeu du scrutin
de dimanche sera la validation de cette stratégie. C'était ce que je
disais hier, et la confirmation que la France est profondément à
droite, profondément xénophobe.



Cela dit, l'échec de cette stratégie, dont la courageuse défection de
François Bayrou est l'une des premières conséquences concrètes, tient
surtout, il me semble, à la nature particulière du vote d'extrême
droite, et l'illusion d'une extrême droite "fréquentable". Il n'y a
plus de skins, l'antisémitisme est passé au second plan (une
révolution en soi, je l'accorde), mais encore aujourd'hui, voter FN,
voter Marine Le Pen, c'est une forme de violence électorale. Et c'est
précisement cette violence que la famille Le Pen vend à ses clients
depuis des décennies.



On imagine un UMP futur (j'en parlais àpropos de Charles Millon et sa "La Droite") qui réaliserait de façon permanente du "siphonnage"
de 2007. De la même façon, Sarkozy rêve de convaincre tous les
électeurs du FN de voter pour lui dimanche. Peu à peu la violence
surgit, pour l'instant contre des journalistes (celle-ci et
ceux-ci). Mais cette stratégie ne peut pas tenir longtemps, car pour
survivre il faudrait qu'elle embrase l'UMP tout entière. L'Axe du Mal
de la droite devra assumer, ingérer intégralement cette violence pour
la contenir. La seule autre solution étant la violence permanente
d'État.



Votez. Votez. Donnez à François Hollande la marge qui signifiera
longtemps que la course à l'outrance de Nicolas Sarkozy sera toujours
un échec.



Votez. Votez. Votez.

Trop d'étrangers ? Répondre à une question piégée

by omelette16oeufs on vendredi 27 avril 2012



Avez-vous arrêté de battre votre femme ?



Euh… je n'ai jamais…



Oui ou non ! Pas d'esquive !






Pujadas, hier soir, pose encore à François Hollande la question : "y
a-t-il trop d'étrangers en France ?" Hollande dit, une fois de plus,
qu'il n'expulserait pas les étrangers en situation régulière, mais
expulserait ceux en situation irrégulière. Pujadas le presse sur sa
"conviction" ou son "sentiment" intime : "trop d'étrangers ?"



François Hollande ne veut pas répondre "non, il n'y en a pas trop",
sachant qu'aussitôt la droite l'accusera de vouloir les portes à
"toute la misère du monde". Il ne va pas quand même dire "oui, il y en
a trop", justifiant ainsi tous les fantasmes xénophobes de la majorité
anti-républicaine de l'UMP. Et le format télévisuel, les exigences de
la communication ne permettent pas à Hollande d'expliquer que la
question est terriblement biaisée, piègée et sortie tout droit de la
rhétorique sarko-mariniste. (Voilà un concept : le
sarko-marinisme. Seulement cinq réponses sur Google pour l'instant.)



Bien évidemment, la question, débarrassée de sa fausse naïveté, est
plutôt : "est-ce que notre problème, ce n'est pas l'excès d'étrangers
?" En poussant, on remplace "étrangers" par "immigrés" (la question
c'est "l'immigration" après tout), on ajoute un peu de "halal", un peu
du "vote communautaire", une dose de "Tariq Ramadan" et la
triangulation thématique s'enclenche. Plutôt que parler des flux
migratoires nous sommes en train parler, encore une fois, de la place
de l'Islam dans la société.



Hollande répond effectivement en refusant la question, sans pour
autant dire qu'il la refuse. Il essaie de prendre de la hauteur, il
parle en homme d'État : expulser ou ne pas expulser ? Le
téléjournaliste veut de l'émotion, du sentiment, veut finalement qu'il
se place dans la dimension sarkozyste, ce monde imaginaire, celui du
petit village français, où tout est symbolique et où la réalité
importe peu. Hollande évite de se laisser entrainer sur ce terrain et
c'est tant mieux. Le prix à payer, du moins aux yeux des journalistes,
c'était de sembler "esquiver" la question, et de tomber dans l'un des
autres éléments de langague de l'UMP.



La journaliste du Monde sur le plateau n'hésite pas à enfoncer le
clou, et c'est ce qui apparaît dans le résumé que le journal
publie ce matin :



Le candidat PS, qui passait le premier, s'est efforcé de se poser en
opposition à son adversaire et d'apparaître aussi "présidentiel" que
possible, même s'il a parfois donné l'impression d'esquiver.






Si c'est le prix à payer, tant pis. Je garde le regret, cependant, que
le candidat n'ait pas explosé la question elle-même. C'est toujours
plus facile de trouver des réponses après coup. Voici la mienne :



Trop d'étrangers en France ? Vous voulez dire : est-ce le problème de
la France qu'il y a trop d'étrangers ? Le candidat sortant, comme
d'ailleurs la candidate du Front National, voudraient nous faire
croire que les "immigrés" sont la cause de tous nos problèmes, le
chômage, les déficits de nos comptes sociaux. C'est une manière de
nous détourner des vrais problèmes et des vraies solutions. C'est ça
l'esquive.




Edit: Voir le billet de Dagrouik publié presque simaultanément.

Les électeurs du Front National et la gauche

by omelette16oeufs on mercredi 25 avril 2012

Depuis longtemps, sur ce blog, je fustige la xénophobie et son
exploitation par le pouvoir sarkozyste. Puisque je parlais de Sarkozy,
de l'UMP, d'Hortefeux, Besson et Guéant, et surtout de la
communication et des idées, je ne me suis pas préoccupé de ceux qui
vote réellement pour Marine Le Pen. Ce qui m'interessait, c'était la
responsabilité des responsables politiques qui exploitaient certains
sentiments.



Et avant de commencer, il faut savoir que je crois beaucoup à la
dimension pédagogique des discours politiques. Sarkozy et Le Pen ne
s'alignent pas sur une xénophobie qui est simplement là déjà ; ils
apprennent à leurs électeurs à être xénophobes, à comprendre
l'ensemble des questions sociales et économiques à travers la lentille
de l'islamophobie, qui a remplacé l'antisémitisme dans les rouages du
populisme de droite.



Cela ne veut pas le racisme et la peur de l'autre n'existeraient pas
sans Sarkozy et la famille Le Pen. Le rôle est de valider,
d'encourager ce sentiment, de le nourrir et d'enrichir son application
à une vision du monde. Ainsi va le trafic des raccourcis habituel :
insécurité ? immigation ; chômage ? immigration ; déficits ?
immigration ; Europe ? fermer les frontières (ou sortir de
l'euro). Tous les bouleversements des vingt dernières années --
mondialisation, désindustrialisation, deuil des Trente Glorieuses --
sont remplacés dans ces représentations par un équivalent en
carton-pâte où tout tourne autour de la figure de l'immigré et la
nostalgie d'un passé d'avant la décolonialisation. (Car, comme je l'ai
dit tant fois déjà, "l'immigré" qu'on voudrait empêcher de penétrer
dans l'espace Schengen, est en fait ce Français dont les grand-parents
sont nés au Maghreb.)



Mais les électeurs eux-mêmes ? Et Hollande et le PS, que doivent-ils
faire devant ce 19% ? Aujourd'hui Marc Vasseur touittait ceci :



à la louche FN : 1/3 fachos (un peu moins je pense) 1/3 réac droitards
1/3 déclassement/oublié (un peu plus)






Cela me paraît assez raisonnable. (Voir aussi ZeRedac.) Ce qui
voudrait dire que la différence entre un FN à 12% et un FN 19%, c'est
ce gros tiers qui, si tout était transparent et logique, ne serait pas
à sa place chez Le Pen.



La démarche de Hollande me semble parfaitement claire et justifée à
cet égard :



Sur l'immigration, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je m’adresse à ceux
qui ont fait le choix et qui l'ont fait par colère, par frustration,
souvent des ouvriers, des employés, à ceux qui connaissent le
chômage. Et quand vous regardez une carte sur le vote FN et une sur le
chômage, vous avez parfois coïncidence. Je ne dois pas les laisser de
côté.






Mais le message peut-il passer ? C'est là que revient le problème
"pédagogique". Hollande a beau dire : si on combat la précarité, vous
allez être mieux, vous aurez moins peur de l'Islam. Celui qui a
ainsi succombé aux mystifications du Front National ne peut plus
comprendre les choses ainsi, et ne croit pas de toute façon à la
capacité des instances politiques de résoudre ses problèmes
concrets. Reste donc l'immigré comme "problème" fantasmatique, dans
une immédiateté qui prend le dessus sur les subtilités de la
macroéconomie.



Il y a donc un effort à faire envers ceux que Marc désigne par
"déclassement/oubliés", un effort de communication, certes, mais c'est
seulement sur le long terme. L'État Français et le Front National,
ensemble, font leur propre "pédagogie" depuis cinq ou dix ans, pour le
premier, et des décénnies pour le second. Il sera difficile d'effacer
cela rapidement.



Pour la droite (ancienne droite républicaine), les choses sont plus
compliquées encore, ce que montre le très fort rejet de Nicolas
Sarkozy, justement chez les électeurs de l'extrême droite. On parle de
44% seulement de report de voix en faveur de ce dernier. C'est
faible. Le succès de Sarkozy en 2007 était fondé dans l'illusion qui
consiste à faire croire que les défenseurs du grand capital vont
améliorer la vie des déclassés simplement en chassant les Arabes. La
dérive actuelle du chef de l'État montre que pour maintenir
l'illusion, il doit aller de plus en plus loin dans le sens de la
xénophobie. Comme un héroïnomane qui sans cesse besoin d'augmenter sa
dose. Chantons avec Carla : tu es ma came….

"Je comprends votre souffrance"

by omelette16oeufs on samedi 7 avril 2012

Les petits gestes, les clins d'oeil, les sourires en coin, les mots
doux discrètement lâchés, du pied sous la table… tout cela ne suffit
plus. Nicolas Sarkozy se décide enfin de déclarer sa flamme aux
électeurs du Front National :



«Aux électeurs du Front national, je dis que je comprends votre
souffrance mais le vote FN ne résoudra aucun des problèmes» pour
lesquels «vous voulez une solution», a affirmé le président-candidat,
ajoutant que «chaque vote FN profitera à la gauche».






C'est vrai que Claude Guéant est parfois un peu trop subtile pour des
électeurs habitués au style beaucoup plus direct de la famille Le
Pen. Alors le courageux Très Grand Homme (TGH) doit mettre les points
sur les "i".



"J-16. Sarkozy appelle les électeurs du FN à voter utile. Jusqu'ici,/ /tout va bien", touittait Brave Patrie. C'est très drôle, et très
pertinent, car s'il y a un électorat qui ne vote pas "utile", c'est
bien celui du Front National.



Quelle souffrance est-ce qu'il comprend, notre Chef d'État ? Il fait
comme si l'on votait Front National parce qu'on s'inquiétait tout
particulièrement des effets néfastes des populations juives et Arabes
sur la Nation Française, un peu comme d'autres électeurs s'inquiètent
pour l'école, leurs retraites ou les déficits.



Pourtant, depuis le temps que Sarkozy, Besson, Hortefeux et Guéant
agitent des chiffons rouges de toutes les couleurs (sans beaucoup de
succès, j'ajoute), ils auraient dû comprendre que la xénophobie n'est
pas un sujet politique rationel. On parle d'"immigrés", par exemple,
quand on veut dire "citoyens français issus de l'immigration
maghrebine des années cinquante et soixante", et on expluse les uns
parce qu'on ne peut pas supporter de voir les autres. La xénophobie
ressemble plus à une maladie mentale qu'à une cause, ou à un
"problème" auquel un Président pourrait chercher une "solution".



Sarkozy a réussi à "siphonner" l'extrême droite en 2007 parce qu'il
promettait de tout faire péter s'il était élu : "tout devient
possible". En promenant Hortefeux devant les électeurs FN, Sarkozy a
réussi à leur suggérer sans vraiment le dire que, élu, la grande
ratonnade pourrait enfin avoir lieu.



Maintenant que Sarkozy a cinq ans de bilan derrière lui, que les
xénophobes souffrent tout autant de leur xénophobie, qu'il n'est plus
possible de promettre de tout faire péter ("pourquoi ne l'a-t-il pas
déjà fait ?"), il ne peut plus générer cette charge émotionnelle qui
fait rêver les oppressés de leur race. C'était prévisible,
d'ailleurs. Et maintenant, pitoyablement, il doit prononcer les mots :
"venez avec moi, on trouvera des 'solutions'". Mais le malade ne veut
pas d'une "solution", sinon il ne serait pas malade. Il veut tout
faire péter, comme toujours.



Sarkozy s'abaisse, et nous rabaisse en même temps (il est encore
Président de la R.). Ce serait comique, surtout l'appel simultané aux
centristes, qui normalement n'ont pas la même idée que lui sur les
"problèmes" et leurs "solutions", si ce n'était pas si grave. Nous
nous rapprochons du "moment Millon", quand on décide qu'il vaut mieux
pactiser que perdre sa place. Ce qui rassure, c'est que pour en être
là, c'est que les choses ne vont pas très bien.

La triangulation thématique

by omelette16oeufs on mardi 27 mars 2012

Habituellement, quand on parle de "triangulation" à propos de Nicolas
Sarkozy, cela veut quelque chose comme l'histoire de la burqa : les
droites républicaine, catholique et islamophobe y trouvent leur compte
; la gauche se trouve divisée (ou elle devrait l'être, en tout cas)
entre les défenseurs de laïcité et défense des femmes, et ceux des
droits individuels et du multiculturalisme. Sarkozy peut tour à tour
être xénophobe et faire semblant d'être à gauche, il n'y a plus que
lui qui parle et l'affaire est dans le sac.



Il y a une autre forme de triangulation, plutôt thématique
celle-ci. La triangulation, en navigation, permet de déterminer un
point inconnu à partir de deux ou plusieurs points connus. Dans la
comm' sarkozyënne, le point inconnu, c'est plutôt le point indicible,
c'est-à-dire la xénophobie anti-musulmane pure et dure. Celle-ci reste
interdite pour un candidat, à la différence de Marine Le Pen, qui
espère attirer aussi des électeurs non-xénophobes. D'où l'intérêt de
la triangulation, une certaine organisation thématique qui permet de
suggérer ce qu'on ne peut pas dire.



Le problème, pour le Très Grand Homme (TGH), est de trouver comment
tirer un profit électoral des meurtres de Toulouse et Montauban. Dans
un premier temps, tout est axé sur la dignité, la présidentialité et,
surtout, la très régalienne Sécurité. Jean-François Copé a fait ce
qu'il a pu pour saper les deux premières valeurs, et le "Aznar à
l'envers" tant souhaité n'a pas eu lieu. Reste donc la sécurité, mais
elle n'est pas suffisante, notamment parce que Marine Le Pen double
Sarkozy à droite, en voyant dans chaque bateau et chaque avion de
multiples Merah en puissance :



"Combien de Mohamed Merah, dans les avions et les bateaux, qui
arrivent chaque jour en France ? Combien de Mohamed Merah, dans les
300 clandestins qui arrivent chaque jour en Grèce via la Turquie,
première étape de leur odyssée européenne ?"






Alors le TGH, dont l'un des thèmes de campagne majeurs est que son
rival dit une chose aux uns et une autre aux autres, alors notre TGH
joue le raisonable :



"Dès qu'il y quelque chose d'outrancier à dire, on peut compter sur
Marine Le Pen", a jugé M. Sarkozy, qui était interrogé, lundi 26 mars
sur France Info, à vingt-huit jours du premier tour de l'élection
présidentielle. "Dire 'immigration égale Mohamed Merah', qui est né en
France, cela n'a aucun sens."






Mais à peine 24 heures plus tard, le courageux Président cherche à
rattrapper Le Pen comme il peut, en accréditant
le lien entre terrorisme et immigration :



Nicolas Sarkozy a annoncé mardi une accélération des expulsions des
"extrémistes" présents en France et assuré que toutes les personnes
tenant des "propos infâmants" contre la France ne seraient pas
autorisées à entrer sur le territoire national.







Tout le jeu de la triangulation thématique consiste à charger,
clandestinement, la barque. Quand on dit "sécurité", l'électeur
xénophobe entend "protection contre les 'Arabes'" ; quand on dit
"maîtriser l'immigration", l'électeur xénophobe entend "moins
d'Arabes" ; quand on dit "terrorisme", l'électeur xénophobe entend
"danger islamiste". Ensemble, tous ces mots forment une phrase. Cette
phrase ne peut pas être prononcée par un candidat qui espère encore
récupérer quelques voix non-xénophobes. La triangulation permet de la
suggérer sans la dire.

Retour au village

by omelette16oeufs on dimanche 25 mars 2012

Il y a quelques semaines, j'essayais d'expliquer, dans la
communication politique de Nicolas Sarkozy, l'usage d'un trucage
d'échelle :



L'un des fondements du sarkozyzme, ou plutôt de la communication
sarkozyzte, consiste à profiter du fait que les gens ont du mal à
imaginer 65.350.000.000 personnes en même temps. Il est préférable
d'imaginer la France comme une sorte de petit village idéal






Depuis j'ai appris qu'il n'y a pas 65 milliards de français, mais
seulement 65 millions. Je continue néanmoins à soutenir qu'il est
difficile d'imaginer autant de monde, et que les communicants en
profitent pour transposer des grandes questions de société sur le plan
d'une France imaginaire, où l'on peut raisonner en termes moraux, à
partir de quelques figures emblématiques : le chômeur (fainéant,
tricheur), le pédophile (récidiviste), l'"Arabe" (communautariste),
l'immigré (voir l'"Arabe"), le terroriste (qui vient d'arriver au
village ; voir l'immigré). J'en oublie sûrement.



Aujourd'hui, au village, dans le rôle du "prof" nous avons celle qui a
offerte une minute de silence à Mohamed Merah. Roman Pigenel montre
bien qu'elle ne représente que "0,00012 % des enseignants
français. Dans le village, en revanche, elle les représente tous.
Telle est là réalité du village.



C'est une technique à bonne résonance communicative, car les
téléspectateurs suivent plus facilement quand il y a un nombre limité
de personnages, tout comme pour les émissions de télé-réalité. Le
changement d'échelle permet de procéder à d'autres manipulations
aussi, comme le retour aux années soixante (période de référence pour
l'électorat des retraités). Ce qui est chouette avec ce système, c'est
qu'il permet de proposer des mesures qui auraient peut-être (ou
peut-être pas) un sens il y a cinquante ans.



Alors que Marine Le Pen imagine des "Mohamed Merah" arrivant
quotidiennement par centaines, le délire de Claude Guéant est encore
plus malsain :



Face au « terrorisme islamiste » qui s'est exprimé lors des tueries de
Toulouse et Montauban, il y a « deux fronts » selon Claude Guéant : «
le front extérieur », celui des commandos venus de l'étranger, mais
aussi « le front intérieur, ce terreau dans lequel on recrute des
extrémistes ».






Le "terreau" où l'on recrute les terroristes de demain, ce n'est, à
suivre sa logique, que l'ensemble de cette population "d'origine
musulmane" qui reste socialement exclue. Que ce "terreau" constitue un
"front intérieur" signifie en somme que la Guerre des Civilisations
a déjà commencé et que l'ennemi (même sous forme de "terreau") est
déjà présent dans le quartier d'à côté.



Malgré l'interdiction présidentielle de "toute amalgame", le raccourci
est en train de se faire. Dans le village, jusqu'à la semaine
dernière, le rôle de l'"Arabe" était assuré par un jeune délinquant
brûleur de voitures impliqué dans un trafic de fausses cartes
Vitale. Celui-là vient d'être remplacé par Merah, ou par un "Merah
potentiel".